Film mode : les films sur la mode et ceux qui ont lancé une tendance
Par Audrey 14 novembre 2024 6 min de lecture
Quand on cherche un film mode, on veut en général deux choses : des films dont la mode est le sujet (un couturier, un magazine, un défilé), et des films qui ont fait entrer une pièce dans nos placards, comme la petite robe noire ou le blouson de cuir. Voici les deux listes, séparées pour que vous trouviez vite ce que vous cherchez, avec pour chaque film l’année, ce qu’il montre ou ce qu’il a lancé, et mon avis franc.
J’ai monté cette sélection un peu comme un rayon de librairie : d’abord les incontournables, puis les curiosités. Je n’y ai gardé que des films que l’on peut relier à une tendance réelle ou à un vrai regard sur le métier. Vous trouverez à la fin un tableau récapitulatif des tenues qui sont sorties de l’écran, et trois documentaires pour aller plus loin.
Les films sur la mode à voir au moins une fois
Ce sont les films qui se passent dans le milieu : ateliers, rédactions, défilés. Ils parlent de mode autant qu’ils en montrent.
Drôle de frimousse (1957)
Stanley Donen réunit Audrey Hepburn et Fred Astaire, qui joue un photographe de mode inspiré de Richard Avedon. La garde-robe parisienne d’Audrey Hepburn est signée Hubert de Givenchy. C’est une comédie musicale légère, mais la séquence des séances photo dans Paris reste un modèle de mise en scène de la mode.
Prêt-à-porter (1994)
Robert Altman a tourné ce film choral pendant la semaine de la mode parisienne, avec Sophia Loren et Marcello Mastroianni. Le ton est satirique, parfois brouillon, mais on y voit le défilé comme un théâtre où tout le monde joue un rôle.
Zoolander (2001)
Ben Stiller se moque des mannequins et des créateurs avec une parodie absurde. Tout l’humour n’a pas bien vieilli, je vous préviens, mais la scène du « regard » Blue Steel est devenue une référence que l’on cite encore dans les rédactions.
Le Diable s’habille en Prada (2006)
Le film de David Frankel, adapté du roman de Lauren Weisberger, suit Andrea (Anne Hathaway), assistante de la redoutable Miranda Priestly (Meryl Streep) au magazine Runway. Les costumes de Patricia Field lui ont valu une nomination à l’Oscar. Le monologue sur le pull « bleu céruléen » explique en deux minutes comment une couleur de podium finit dans un bac de soldes : c’est la meilleure leçon de mode du cinéma.
Coco avant Chanel (2009)
Anne Fontaine raconte les débuts de Gabrielle Chanel, interprétée par Audrey Tautou, avant la célébrité. On y voit naître ses idées : la marinière, le pantalon, la simplicité contre les corsets. Un film sage, que je recommande pour comprendre d’où vient une partie de notre vestiaire actuel.
Yves Saint Laurent et Saint Laurent (2014)
La même année sortent deux films sur le couturier : celui de Jalil Lespert, avec Pierre Niney, récompensé par le César du meilleur acteur, et celui de Bertrand Bonello, avec Gaspard Ulliel. Le premier est plus classique et chronologique, le second plus sensoriel et sombre. Les voir l’un après l’autre est un exercice passionnant.
Haute Couture (2015)
Dans ce film australien de Jocelyn Moorhouse, Kate Winslet joue une couturière qui revient dans son village pour régler ses comptes, armée de sa machine à coudre. Les robes qu’elle crée pour les habitantes transforment peu à peu toute la ville. C’est une revanche jubilatoire, à mi-chemin entre le western et la comédie noire.
Phantom Thread (2017)
Paul Thomas Anderson filme Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis), couturier londonien des années 1950, maniaque et fascinant. Mark Bridges a reçu l’Oscar des meilleurs costumes en 2018. Si vous ne deviez voir qu’un film sur le métier de couturier, ce serait celui-ci : on sent le tissu, les épingles, le silence de l’atelier.
Cruella (2021)
Craig Gillespie imagine la jeunesse de Cruella (Emma Stone), créatrice punk dans le Londres des années 1970. Jenny Beavan a remporté l’Oscar des meilleurs costumes en 2022 pour ce défilé permanent. Le scénario est convenu, mais chaque tenue est un spectacle.
Les films qui ont lancé une tendance de mode
Ici, la mode n’est pas le sujet. Ce sont des films où une tenue, portée par un personnage, a donné envie à des milliers de spectateurs de s’habiller pareil. Le tableau ci-dessous résume les cas les plus connus.
| Film | Année | Pièce ou style lancé | Porté par |
|---|---|---|---|
| L’Équipée sauvage | 1953 | Le blouson de cuir de motard | Marlon Brando |
| Sept ans de réflexion | 1955 | La robe blanche dos nu dessinée par William Travilla | Marilyn Monroe |
| La Fureur de vivre | 1955 | Blouson rouge, t-shirt blanc et jean | James Dean |
| Diamants sur canapé | 1961 | La petite robe noire de Givenchy et les grandes lunettes noires | Audrey Hepburn |
| Bonnie and Clyde | 1967 | Le béret et la jupe mi-longue (costumes de Theadora Van Runkle) | Faye Dunaway |
| Annie Hall | 1977 | Gilet, cravate et pantalon large empruntés au vestiaire masculin | Diane Keaton |
| La Fièvre du samedi soir | 1977 | Le costume blanc trois pièces | John Travolta |
| American Gigolo | 1980 | Le costume souple et déstructuré de Giorgio Armani | Richard Gere |
| Flashdance | 1983 | Le sweat-shirt à encolure découpée et les jambières | Jennifer Beals |
| Top Gun | 1986 | Le blouson d’aviateur et les lunettes aviateur | Tom Cruise |
| Clueless | 1995 | Le tailleur jupe à carreaux jaune | Alicia Silverstone |
| Matrix | 1999 | Le long manteau noir et les petites lunettes noires | Keanu Reeves, Carrie-Anne Moss |
| Marie-Antoinette | 2006 | Les tons pastel et les robes à volants (costumes de Milena Canonero, Oscar) | Kirsten Dunst |
| Gatsby le Magnifique | 2013 | Les robes années 1920 à franges et à perles (costumes de Catherine Martin, Oscar) | Carey Mulligan |
| Barbie | 2023 | Le rose « barbiecore » (costumes de Jacqueline Durran) | Margot Robbie |
| Challengers | 2024 | Le style tennis, ou « tenniscore » (costumes de Jonathan Anderson) | Zendaya |
Ce que ces films ont en commun
Dans presque tous les cas, la pièce lancée est simple et facile à reproduire : un blouson, une robe noire, un béret, un manteau. Le film lui donne une histoire, et c’est cette histoire que l’on achète. Le blouson de Brando dit la rébellion, le tailleur jaune de Clueless dit l’assurance un peu snob, le costume Armani d’American Gigolo dit une élégance nouvelle, plus souple que le costume rigide des décennies précédentes. Le personnage fait le travail de publicité que la marque n’aurait jamais pu faire seule.
Le rôle, souvent oublié, des costumiers
Derrière chaque tenue culte, il y a une ou un chef costumier qui a fait des choix précis : une couleur, une coupe, une matière. Theadora Van Runkle pour Bonnie and Clyde, Milena Canonero pour Marie-Antoinette, Catherine Martin pour Gatsby : leur nom apparaît rarement dans les magazines, alors que ce sont elles qui ont dessiné la tendance. Si ce métier vous intrigue, j’en parle dans ma présentation des métiers du cinéma, du chef costumier à l’habilleuse. Et quand la couleur fait tout, comme le rose de Barbie, elle rejoint ce que j’explique sur le rôle de la couleur dans la mode et la déco.
Trois documentaires de mode pour aller plus loin
- Dior et moi (2014) : Frédéric Tcheng suit Raf Simons pendant la préparation de sa première collection de haute couture pour Dior. Le vrai héros du film, ce sont les premières d’atelier, ces couturières qui transforment un croquis en robe en quelques semaines.
- The True Cost (2015) : Andrew Morgan montre l’envers de la mode à petit prix, des usines aux décharges textiles. C’est le film qui m’a fait changer ma façon d’acheter, et je le conseille à tous ceux qui aiment les films de mode sans vouloir fermer les yeux.
- Franca: Chaos and Creation : Francesco Carrozzini filme sa mère, Franca Sozzani, rédactrice en chef de Vogue Italie pendant près de trente ans. Un portrait intime d’une femme qui a utilisé la photo de mode pour parler de sujets de société.
Comment un costume de film devient une tendance
Le mécanisme est presque toujours le même. Un personnage marquant porte une tenue cohérente avec son caractère, le film rencontre son public, puis la presse, les vitrines et aujourd’hui les réseaux sociaux s’emparent de la silhouette. Avec Barbie et Challengers, la tendance a même précédé la sortie : les photos de tournage et les tenues de promotion des actrices ont lancé le mouvement avant que le public ait vu le film.
Ce qui change avec les années, c’est la vitesse. Il a fallu du temps pour que le blouson de cuir des années 1950 devienne un classique. Aujourd’hui, une tenue repérée dans une bande-annonce peut être copiée par l’industrie en quelques semaines.
Mon avis honnête sur ces films de mode
Tous ces films ne se valent pas. Le Diable s’habille en Prada reste un plaisir, mais il rend glamour une relation de travail franchement toxique, et je le revois aujourd’hui avec un peu plus de recul. Zoolander a des passages qui ont mal vieilli. Et l’envers des tendances lancées par le cinéma, c’est la rapidité avec laquelle la mode jetable les copie puis les abandonne : la robe Barbie achetée pour une soirée finit souvent au fond d’un tiroir.
Mon conseil : regardez ces films pour ce qu’ils racontent, et ne gardez d’une tendance que la pièce qui vous ressemble vraiment. Si vous voulez plutôt reproduire une tenue de cinéma le temps d’une fête, j’ai réuni mes idées de déguisement inspirées des films cultes. Et pour les silhouettes de femmes fortes, des romans à l’écran, rendez-vous dans mon article sur les personnages de fiction féminins forts et leur style.
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