Cinéma du monde : 16 films internationaux à voir au moins une fois
Par Audrey 30 mai 2024 5 min de lecture
Envie de sortir des grosses productions américaines sans savoir par où commencer ? Voici ma sélection de 16 films internationaux, classés par grande région du monde : du Japon de Kurosawa à la Corée de Bong Joon-ho, de l’Italie néoréaliste au Sénégal de Djibril Diop Mambéty. Pour chacun, je donne le réalisateur, le pays, l’année et la raison pour laquelle il mérite votre soirée.
Je ne prétends pas à l’exhaustivité : le cinéma du monde est immense, et chaque liste est forcément personnelle. J’ai choisi des films faciles à trouver, qui ont compté dans l’histoire du cinéma ou qui m’ont simplement marquée, en mélangeant grands classiques et films plus récents.
Pourquoi regarder des films étrangers
Un film tourné à Téhéran, à Mexico ou à Tokyo ne raconte pas seulement une histoire : il montre une façon de manger, de se disputer, de vivre en famille ou de filmer le silence. C’est le voyage le moins cher que je connaisse. J’y gagne aussi le plaisir de la version originale : entendre la vraie voix des acteurs change tout, et l’on s’habitue aux sous-titres bien plus vite qu’on ne le croit.
Une réserve tout de même : certains classiques demandent de la patience. Les plans longs d’Ozu ou de Bergman peuvent dérouter un soir de fatigue. Mon conseil est de commencer par un film récent et rythmé (Parasite est parfait pour ça), puis de remonter le temps.
Asie : Japon, Inde, Hong Kong et Corée du Sud
Les Sept Samouraïs, Akira Kurosawa (Japon, 1954)
Un village de paysans engage sept samouraïs pour se défendre contre des bandits. Plus de trois heures, et pourtant on ne voit pas le temps passer. Ce film a inspiré des dizaines de westerns et de films d’action, à commencer par Les Sept Mercenaires.
Voyage à Tokyo, Yasujirō Ozu (Japon, 1953)
Un couple âgé rend visite à ses enfants trop occupés pour s’en soucier. Rien de spectaculaire, tout est dans les regards et les non-dits. C’est le film que je recommande à ceux qui pensent ne pas aimer le cinéma lent : il bouleverse sans prévenir.
Pather Panchali, Satyajit Ray (Inde, 1955)
Le premier volet de la trilogie d’Apu suit l’enfance d’un petit garçon dans un village du Bengale. Loin des comédies musicales de Bollywood, c’est une porte d’entrée vers un tout autre cinéma indien, d’une grande douceur.
In the Mood for Love, Wong Kar-wai (Hong Kong, 2000)
Deux voisins découvrent que leurs conjoints ont une liaison, et se rapprochent sans jamais franchir la ligne. Les robes de Maggie Cheung, la musique, les ralentis : un film qu’on revoit pour son atmosphère autant que pour son histoire.
Parasite, Bong Joon-ho (Corée du Sud, 2019)
Une famille pauvre s’infiltre, un par un, au service d’une famille riche. Palme d’or à Cannes en 2019, puis Oscar du meilleur film, une première pour un film non anglophone. Drôle, tendu, et très juste sur les inégalités.
Europe : de l’Italie à la Finlande
Le Voleur de bicyclette, Vittorio De Sica (Italie, 1948)
Dans la Rome d’après-guerre, un père cherche avec son fils le vélo dont dépend son travail. C’est le film emblématique du néoréalisme italien, tourné dans les rues avec des acteurs non professionnels.
Persona, Ingmar Bergman (Suède, 1966)
Une actrice devenue muette et l’infirmière qui la soigne s’isolent dans une maison au bord de la mer, et leurs identités se mélangent. Exigeant, je ne vous le cache pas, mais fascinant.
Tout sur ma mère, Pedro Almodóvar (Espagne, 1999)
Après la mort de son fils, une infirmière part à Barcelone retrouver le père du garçon. Couleurs vives, personnages féminins inoubliables, mélodrame assumé : du pur Almodóvar.
La Vie des autres, Florian Henckel von Donnersmarck (Allemagne, 2006)
À Berlin-Est, un agent de la Stasi espionne un écrivain et finit par s’attacher à lui. Oscar du meilleur film en langue étrangère, et un des films les plus forts que je connaisse sur la surveillance.
Les Feuilles mortes, Aki Kaurismäki (Finlande, 2023)
Deux solitaires d’Helsinki se croisent, se perdent, se retrouvent. Une heure vingt d’humour pince-sans-rire et de tendresse, récompensée par le Prix du jury à Cannes. Idéal pour découvrir le style si particulier de Kaurismäki.
Moyen-Orient et Afrique
Une séparation, Asghar Farhadi (Iran, 2011)
Un couple de Téhéran se déchire au moment du divorce, et un incident avec une aide-soignante fait tout basculer. Ours d’or à Berlin et Oscar du meilleur film en langue étrangère. Chaque personnage a ses raisons, et c’est ce qui rend le film si prenant.
Touki Bouki, Djibril Diop Mambéty (Sénégal, 1973)
Mory et Anta rêvent de quitter Dakar pour Paris. Un film libre, coloré, au montage audacieux, devenu un classique du cinéma africain. C’est le plus difficile à trouver de la liste, mais il passe régulièrement en ressortie ou en festival.
Timbuktu, Abderrahmane Sissako (Mauritanie, 2014)
Près de Tombouctou, des habitants tentent de vivre sous le joug de djihadistes qui interdisent la musique et le football. Une œuvre à la fois belle et douloureuse, couronnée par sept César, dont celui du meilleur film.
Amériques : au-delà d’Hollywood
La Cité de Dieu, Fernando Meirelles et Kátia Lund (Brésil, 2002)
La vie d’une favela de Rio sur plusieurs années, racontée par un jeune garçon qui rêve d’être photographe. Énergique et violent, à réserver aux adultes.
Dans ses yeux, Juan José Campanella (Argentine, 2009)
Un ancien enquêteur revient sur un meurtre non élucidé qui l’obsède depuis vingt-cinq ans. Polar, histoire d’amour et portrait de l’Argentine des années 1970 à la fois, avec un Oscar du meilleur film en langue étrangère à la clé.
Roma, Alfonso Cuarón (Mexique, 2018)
Le quotidien d’une employée de maison dans une famille de Mexico au début des années 1970, filmé en noir et blanc. Lion d’or à Venise. Cuarón s’inspire de sa propre enfance, et cela se sent dans chaque détail.
Par où commencer, et où voir ces films
Les grands festivals sont une bonne boussole. Le palmarès de Cannes (première édition en 1946), de la Mostra de Venise (la plus ancienne, née en 1932) ou de la Berlinale (depuis 1951) donne chaque année des pistes sûres. Chez moi à Nantes, j’ai la chance d’avoir le Festival des 3 Continents, consacré depuis 1979 aux cinémas d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine : si vous passez par là en fin d’année, c’est un vrai tour du monde en une semaine.
Pour regarder ces films chez soi, pensez à la médiathèque de votre ville, souvent bien fournie en DVD de cinéma étranger, et aux sites des chaînes publiques comme Arte, qui proposent régulièrement des films du monde en accès gratuit pendant quelques semaines. Les salles art et essai programment aussi des ressorties de classiques restaurés.
Si vous aimez voyager par l’assiette autant que par l’écran, j’ai réuni une sélection de films sur la cuisine du monde entier. Les curieux de coulisses liront aussi mon article sur l’histoire et l’invention du cinéma, et celui consacré aux réalisatrices et actrices qui ont bousculé le cinéma. Et si vos films préférés sont tirés de romans, voici les adaptations de livres en film qui brillent vraiment.
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