Le Voyage de Chihiro : tous les personnages et leur rôle
Par Audrey 5 mars 2023 7 min de lecture
Les personnages du Voyage de Chihiro, c’est d’abord une petite fille de dix ans, Chihiro, ses parents transformés en cochons, le mystérieux Haku, la sorcière Yubaba qui dirige les bains des esprits, Kamaji l’homme de la chaufferie, Rin, Kaonashi le Sans-Visage, Zeniba la sœur jumelle de Yubaba, et toute une foule de dieux venus se délasser dans l’eau chaude. Voici chacun d’eux, avec son rôle dans l’histoire.
J’ai revu le film de Hayao Miyazaki (sorti en 2001 au Japon sous le titre Sen to Chihiro no kamikakushi, Spirited Away en anglais) pour vérifier chaque fiche. Je les ai regroupés par univers : la famille Ogino, le clan de Yubaba, le personnel des bains, puis les clients. Pour Haku, qui mérite bien plus qu’un paragraphe, je vous renvoie à mon portrait complet de Haku, l’esprit de la rivière.
La famille Ogino
Tout commence dans une voiture. La famille déménage, Chihiro boude à l’arrière, et le père prend un raccourci qui les mène devant un tunnel.
Chihiro Ogino (Sen)
Chihiro a dix ans, et au début du film elle est franchement pénible : elle traîne les pieds, se plaint, a peur de tout. C’est justement ce qui la rend si attachante. Quand ses parents deviennent des cochons et que la nuit tombe sur le monde des esprits, elle n’a plus le choix. Elle demande du travail aux bains, signe un contrat avec Yubaba, et la sorcière lui prend son nom : il ne lui reste qu’un caractère, qui se lit « Sen ». Perdre son nom, dans ce monde, c’est perdre le chemin du retour.
Ce que j’aime chez elle, c’est que son courage ne vient pas d’un don magique. Elle frotte des bassins, porte des seaux, se trompe, pleure, puis recommence. À la fin, elle réussit l’épreuve imposée par Yubaba (reconnaître ses parents parmi un enclos de cochons) et repart par le tunnel. C’est l’une des héroïnes les plus réalistes de Miyazaki.
Akio et Yûko Ogino, les parents
Le père, Akio, est sûr de lui et ne doute de rien : c’est lui qui s’installe le premier devant les plats d’un restaurant désert. La mère, Yûko, le suit en grommelant et répond sèchement à sa fille. Ils dévorent la nourriture destinée aux esprits et se retrouvent changés en cochons. Ils ne se souviennent de rien à la fin, ce qui rend le dernier plan du film doucement mélancolique.
Haku, le garçon du pont
Haku est le premier à aider Chihiro. Il la cache, lui explique comment survivre et lui conseille de réclamer du travail. Il est l’apprenti de Yubaba, il obéit à ses ordres, il impressionne les employés, et il se transforme en dragon blanc. Son vrai nom, son lien avec une rivière et sa relation avec Chihiro sont au cœur du film. Je les détaille dans l’article consacré à Haku dans Le Voyage de Chihiro.
Le clan de Yubaba
Yubaba, la sorcière des bains
Yubaba est la patronne de l’établissement de bains. Énorme tête, bagues partout, voix tonitruante : elle règne depuis le dernier étage et tient ses employés en leur volant leur nom. Elle est avare, colérique, mais complètement gâteuse avec son fils. Elle peut se changer en oiseau pour sortir la nuit. C’est elle qu’on retrouve derrière les recherches « sorcière Chihiro ».
Bô, le bébé géant
Bô est le fils de Yubaba, un bébé immense qui vit enfermé dans une chambre remplie de coussins et fait des colères terribles. Zeniba le transforme en petite souris, et ce voyage sous une autre forme le fait grandir. À la fin, il tient tête à sa mère pour défendre Chihiro. Sa métamorphose est l’une de mes préférées du film.
Yubâdo (Yubâ-bird)
Yubâdo est l’oiseau de Yubaba, avec un corps de volatile et le visage de sa maîtresse. Il lui sert d’espion. Zeniba le change en un minuscule oiseau, qui accompagne ensuite Bô et Chihiro dans le train. Sous cette forme ridicule, il devient presque touchant.
Les Kashira
Trois têtes vertes, sans corps, qui rebondissent sur le sol des appartements de Yubaba en grognant. Elles ne parlent pas. Zeniba les transforme en copie de Bô pour que Yubaba ne remarque pas la disparition de son fils.
Zeniba, la jumelle
Zeniba est la sœur jumelle de Yubaba, identique en apparence. Elles ne s’entendent pas du tout. Au début, elle semble menaçante : c’est elle qui lance des oiseaux de papier contre Haku, qui lui a volé son sceau d’or. Mais quand Chihiro vient chez elle, au bout d’une ligne de train, elle découvre une vieille dame qui sert le thé, tricote et pardonne. Elle offre à Chihiro un élastique à cheveux tissé ensemble par Kaonashi et la souris. C’est le personnage que je trouve le plus apaisant.
Le personnel des bains
Rin
Rin (parfois écrite Lin dans les traductions) est une jeune employée qui prend Chihiro sous son aile, un peu à contrecœur au départ. Elle a son franc-parler, elle connaît les règles de la maison, et elle rêve de partir un jour pour la ville qu’on aperçoit de l’autre côté de l’eau. C’est la grande sœur que Chihiro n’a pas.
Kamaji, l’homme de la chaufferie
Kamaji est un vieil homme aux bras multipliés, une moustache imposante, qui travaille sans arrêt au fond de la chaufferie et prépare les sels pour les bains. Il commence par grogner, puis il couvre Chihiro en la faisant passer pour sa petite-fille. C’est lui qui lui donne les tickets de train pour aller chez Zeniba. Un bougon au grand cœur, le genre de personnage que Miyazaki réussit toujours.
Les Susuwatari, les boules de suie
Ce sont les petites boules noires aux grands yeux qui portent les morceaux de charbon jusqu’au foyer, et qui se nourrissent de bonbons en forme d’étoile. Les fans de Mon voisin Totoro les reconnaîtront. Ce sont souvent elles que l’on cherche en tapant « le voyage de chihiro boule noire ».
Chichiyaku et Aniyaku
Ce sont les deux responsables du personnel, ceux qui relaient les ordres de Yubaba et surveillent le service. Leurs noms évoquent un rôle : celui du père et celui du grand frère. On les voit surtout s’agiter quand Kaonashi distribue de l’or. Ils ne sont pas méchants, seulement coincés entre une patronne tyrannique et des clients exigeants.
Les grenouilles et les servantes
Les hommes de l’établissement ont des allures de grenouilles, les servantes (les Yuna) ressemblent à des jeunes femmes en kimono rose. Tous adorent l’or et regardent Chihiro de haut au début. L’une des grenouilles se fait avaler par Kaonashi, ce qui donne au Sans-Visage sa voix.
Kaonashi, le Sans-Visage
Kaonashi est sans doute le personnage le plus mystérieux du film. Une silhouette noire, un masque blanc, un silence complet. Chihiro le laisse entrer un soir de pluie par simple gentillesse. Pour lui faire plaisir, il lui apporte des jetons de bain, puis il fait apparaître de l’or dans ses mains, et les employés se ruent sur lui. Plus on lui donne, plus il dévore, au point d’avaler des employés et de devenir monstrueux.
Chihiro est la seule à refuser son or. Elle lui fait avaler un morceau de la boulette amère offerte par le dieu de la rivière, et il recrache tout. Redevenu calme, il la suit dans le train et reste vivre chez Zeniba, qui lui trouve une place. Je le vois comme une solitude qui prend la forme de ce qu’elle côtoie : chez les avides, il devient avide ; auprès de Chihiro et Zeniba, il s’apaise.
Son nom dit tout : Kaonashi signifie littéralement « sans visage » en japonais. Ce qu’il porte n’est pas un vrai visage, mais un masque, qui reste presque figé quelles que soient ses émotions. Et il ne parle pas : quand il s’adresse aux employés des bains, c’est avec la voix de la grenouille qu’il vient d’avaler. Il n’a ni mots ni personnalité à lui, il emprunte ceux des autres.
C’est sans doute pour cela qu’il touche autant le public, au point d’être devenu, avec Totoro, l’un des visages les plus reconnaissables du studio Ghibli. Chacun y lit quelque chose de différent : la solitude, la faim de reconnaissance, la société de consommation qui croit tout acheter. Ce qui est certain, c’est que le film ne le présente jamais comme un méchant : il devient dangereux dans un lieu avide, et doux là où on l’accueille simplement, chez Zeniba, autour d’une tasse de thé.
Les esprits clients des bains
Le film est peuplé de dieux venus se reposer. On ne connaît pas toujours leur nom, mais quelques-uns marquent les esprits.
Le dieu putride (Okusare-sama)
Le premier client confié à Chihiro arrive couvert d’une boue nauséabonde. En le lavant, elle sent une « épine » plantée dans son flanc : c’est un guidon de vélo, et derrière lui sort une montagne de déchets. Le client est en réalité un ancien esprit de rivière, pollué. Il repart en riant et laisse à Chihiro une boulette qui sauvera Haku puis Kaonashi.
Oshira-sama, l’esprit du radis
Un grand esprit blanc et rond, coiffé d’une coupelle rouge, qui partage l’ascenseur avec Chihiro et l’aide à monter jusqu’à Yubaba. Il ne dit pas un mot, mais sa présence rassure.
Les Kasuga-sama et les Ôtori-sama
Les Kasuga-sama arrivent en bateau au début du film, silhouettes masquées de papier. Les Ôtori-sama sont les petits esprits jaunes en forme de poussins qui barbotent dans les bassins. Ils ne font que passer, mais ils donnent au lieu son ambiance de station thermale pour dieux.
Mon avis sur cette galerie de personnages
Ce qui me frappe à chaque visionnage, c’est qu’il n’y a pas vraiment de méchant. Yubaba est dure mais aime son fils, Kaonashi est dangereux mais seul, Zeniba fait peur avant de servir le thé. Miyazaki préfère des personnages ambigus, et c’est pour cela qu’on y revient adulte. Si ce goût du conte vous parle, vous aimerez mon article sur la littérature qui inspire le cinéma d’animation.
Une réserve honnête tout de même : avec un enfant de moins de six ou sept ans, prévoyez de le regarder ensemble. Les parents changés en cochons et Kaonashi qui dévore tout ont fait pleurer plus d’un petit spectateur autour de moi. Et si l’univers japonais vous intrigue, j’ai aussi raconté l’arrivée des mangas en France, et d’autres idées de films vous attendent dans la rubrique Livres et films. Et côté mode, la robe lolita japonaise en est une autre facette.
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