Livres & films

Haku dans Le Voyage de Chihiro : vrai nom, dragon et lien avec Chihiro

Par Audrey 2 septembre 2021 5 min de lecture

Dragon en origami blanc, galets gris et bol de céramique rempli d'eau avec une tige de bambou sur fond jaune

Haku est le garçon qui aide Chihiro dès son arrivée dans le monde des esprits. Apprenti de la sorcière Yubaba, il se transforme en dragon blanc, et il a oublié qui il est : son vrai nom est Nigihayami Kohakunushi, l’esprit de la rivière Kohaku, celle dans laquelle Chihiro est tombée quand elle était petite. Toute leur histoire tient dans ce souvenir.

Dans Le Voyage de Chihiro, le film de Hayao Miyazaki sorti en 2001, Haku est à la fois un protecteur, un serviteur et une énigme. Je vous propose de reprendre son parcours dans l’ordre du film, sans extrapoler. Si vous cherchez plutôt la galerie complète, de Kamaji à Kaonashi, elle se trouve dans mon article sur les personnages du Voyage de Chihiro.

Qui est Haku dans Le Voyage de Chihiro ?

On le découvre sur le pont qui mène aux bains, au moment où le soleil se couche. Un garçon à peine plus âgé qu’elle en apparence (le film ne donne pas son âge), cheveux sombres coupés au carré, tenue blanche et bleue. Il ordonne à Chihiro de repartir avant la nuit. Trop tard : il la cache, lui donne une baie pour qu’elle ne disparaisse pas, et lui fait traverser le pont en retenant son souffle.

Aux bains, il change de visage. Devant les employés, Haku est froid, autoritaire, presque inquiétant, et tout le monde se méfie de lui. Avec Chihiro, il est doux et patient. Cette double attitude intrigue autant la petite fille que le spectateur. En version originale, il a la voix de Miyu Irino.

Son vrai nom : Kohaku, l’esprit d’une rivière

Dans ce monde, Yubaba gouverne ses employés en leur prenant leur nom. Celui qui l’oublie ne peut plus rentrer chez lui. C’est ce qui est arrivé à Haku : il ne se souvient plus de son nom, et c’est pour cela qu’il conseille à Chihiro de garder le sien précieusement. Il lui rend d’ailleurs ses vêtements avec la carte d’adieu où son prénom est écrit, pour qu’elle s’en souvienne.

Son nom complet, révélé à la fin, est Nigihayami Kohakunushi. Kohaku est le nom d’une rivière, et « kohaku » signifie « ambre » en japonais. Haku est l’esprit de cette rivière. Problème : elle n’existe plus. Chihiro raconte qu’elle a été comblée pour construire des immeubles. Un dieu de rivière sans rivière, privé de son nom, n’a plus d’endroit où revenir. Kamaji explique qu’il est arrivé un jour aux bains en voulant apprendre la magie, et qu’il est resté au service de Yubaba.

Haku en dragon blanc

Haku peut prendre la forme d’un long dragon blanc à la crinière vert d’eau, sans ailes, qui ondule dans les airs comme un serpent. C’est sous cette forme qu’il accomplit les missions de Yubaba. Les dragons japonais sont étroitement liés à l’eau, ce qui colle parfaitement à un esprit de rivière.

La scène la plus marquante est celle de l’attaque : poursuivi par une nuée d’oiseaux de papier, le dragon blessé s’écrase dans les appartements de Yubaba en saignant. C’est souvent cette image qu’on cherche avec « haku dragon » ou « dragon voyage de chihiro ».

Haku et Yubaba

Haku est l’apprenti de Yubaba, et cette relation n’a rien d’une amitié. Elle l’envoie faire le sale travail. L’une de ces missions consiste à voler le sceau d’or de Zeniba, la sœur jumelle de Yubaba. Zeniba se défend avec ses oiseaux de papier, et le sceau était protégé par un sortilège : en l’emportant, Haku a avalé une malédiction qui le ronge de l’intérieur.

Chihiro le soigne avec la moitié de la boulette amère donnée par le dieu de la rivière qu’elle a lavé plus tôt. Haku recrache le sceau, puis une petite créature noire que Chihiro écrase du pied. Pendant qu’il se remet, elle part rendre le sceau à Zeniba. Haku, une fois réveillé, va voir Yubaba et lui propose un marché : il lui ramène son fils, qui a disparu, si elle libère Chihiro et ses parents. C’est le moment où il cesse d’obéir et commence à choisir.

Haku et Chihiro, une relation à part

Ce lien est ce qui rend le personnage si aimé. Haku protège Chihiro, lui prépare des boulettes de riz quand elle n’en peut plus, lui montre ses parents à la porcherie. Elle, en retour, traverse le monde des esprits pour le sauver. Personne ne rend service à l’autre par intérêt.

Est-ce de l’amour ? Le film ne le dit pas, et je trouve que c’est sa force. On peut y voir une amitié, une tendresse d’enfance, une dette ancienne. Les nombreuses recherches « haku x chihiro » montrent que beaucoup de spectateurs y voient une histoire d’amour. Pour ma part, je vois surtout deux êtres qui se rendent mutuellement leur nom, c’est-à-dire leur identité.

La scène de la rivière : le souvenir qui libère

Haku vient chercher Chihiro chez Zeniba, qui lui pardonne le vol du sceau. Sur le chemin du retour, Chihiro vole sur son dos, et un souvenir remonte. Petite, elle est tombée dans une rivière en voulant rattraper sa chaussure, et le courant l’a ramenée doucement vers la rive. Cette rivière s’appelait Kohaku.

Elle prononce le nom, et les écailles du dragon s’envolent. Haku redevient un garçon, il se souvient de tout et dit son nom complet. C’est l’une des plus belles scènes du cinéma d’animation, et je ne connais personne qui l’ait vue sans un frisson. Il se rappelle aussi l’avoir portée jusqu’à la berge, ce qui donne tout son sens à sa protection depuis le début.

À la fin, Haku accompagne Chihiro jusqu’à la limite du monde des esprits. Il lui annonce qu’il va quitter son apprentissage chez Yubaba, lui promet qu’ils se reverront et lui demande de ne pas se retourner. Elle ne se retourne pas. Le film ne montre pas ce qui lui arrive ensuite, et toutes les suites qu’on lit en ligne ne sont que des suppositions.

Les théories autour de Haku

Un personnage aussi secret attire les théories. La plus connue fait de Haku le grand frère disparu de Chihiro, à partir de détails comme la rivière comblée ou la famille qui déménage. C’est une lecture de fans, rien dans le film ne la confirme. Une autre lit dans son histoire une image de la nature japonaise effacée par l’urbanisation, ce qui rejoint davantage ce que montre le film avec le dieu de la rivière pollué.

Mon conseil : regardez d’abord le film sans ces grilles de lecture. Elles sont amusantes, mais elles risquent d’écraser la simplicité de la scène finale.

Mon avis sur Haku

Haku est pour moi le cœur émotionnel du film. Il incarne ce que Miyazaki aime raconter : un esprit de la nature abîmé par les hommes, qui retrouve sa dignité grâce à une enfant. Petit bémol cependant : pour un personnage aussi central, il reste beaucoup hors champ. On le voit peu dans la seconde moitié, et certains spectateurs (moi la première, à la première vision) ont du mal à comprendre son marché avec Yubaba. Un deuxième visionnage règle le problème.

Si vous aimez les contes qui passent du livre à l’écran, lisez mon article sur la littérature qui inspire le cinéma d’animation, et pour le contexte japonais, celui sur l’arrivée des mangas en France. D’autres coups de cœur sont rassemblés dans la rubrique Livres et films.

Publié le · Mis à jour le

Dans la même rubrique