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Premier manga en France : comment le manga et l’animé sont arrivés chez nous

Par Audrey 2 novembre 2021 5 min de lecture

Albums brochés blancs et noirs, pinceau à encre, pierre à encre et éventail en papier crème alignés sur fond jaune

Quel est le premier manga arrivé en France ? Tout dépend de ce que l’on compte. Les toutes premières planches traduites paraissent en 1969 dans Budo Magazine Europe, une revue consacrée au judo : quelques pages de Bushidou Muzanden d’Hiroshi Hirata. Le premier album entier sort en 1979 : Le vent du nord est comme le hennissement d’un cheval noir, de Shōtarō Ishinomori. Côté écran, le premier dessin animé japonais projeté en France est un long métrage, Le Serpent blanc, sorti en salles en 1962, bien avant le phénomène Goldorak de 1978.

J’ai passé une bonne partie de mon enfance devant le Club Dorothée, puis des années de librairie à voir les rayons manga grignoter ceux de la bande dessinée franco-belge. J’avais donc envie de remettre les dates dans l’ordre, en séparant bien deux histoires qu’on mélange souvent : celle du manga papier et celle de l’animé à la télévision.

Le premier manga publié en France : trois dates à connaître

Avant la fin des années 1970, la bande dessinée japonaise est presque invisible chez nous. Les rares traces sont des curiosités pour initiés.

  • 1969, les premières planches : quelques pages de Bushidou Muzanden, un récit de samouraïs d’Hiroshi Hirata, paraissent dans Budo Magazine Europe. D’autres mangas de samouraïs y suivent au début des années 1970. Une source spécialisée cite plutôt une autre revue de judo pour cette première apparition, preuve que la question reste discutée.
  • 1978, la première revue : Atoss Takemoto lance Le Cri qui tue, entièrement consacré au manga. Six numéros paraissent jusqu’en 1981, avec notamment Golgo 13 de Takao Saitō et des récits d’Osamu Tezuka.
  • 1979, le premier album : les éditions Kesselring, associées à Takemoto, publient Le vent du nord est comme le hennissement d’un cheval noir de Shōtarō Ishinomori, une histoire d’une quarantaine de pages.

Soyons honnêtes : ces débuts sont des échecs. Le premier album est imprimé dans un format trop grand, le lettrage est bâclé, et le public ne suit pas. En 1982, les éditions Télé-Guide profitent du succès du dessin animé Candy pour publier la bande dessinée originale de Yumiko Igarashi et Kyoko Mizuki dans les douze numéros de Candy Poche. En 1983, Les Humanoïdes Associés tentent Gen d’Hiroshima de Keiji Nakazawa, sans grand succès. Le manga reste alors une affaire de passionnés.

Le premier animé japonais diffusé en France

Là encore, la réponse la plus citée n’est pas la bonne. Beaucoup pensent à Goldorak, mais plusieurs œuvres japonaises l’ont précédé :

  • 1962 : Le Serpent blanc sort au cinéma, sous le titre La Légende de madame Pai Niang. C’est, à ce jour, le premier dessin animé japonais connu en France.
  • 1967 et 1968 : la deuxième chaîne de l’ORTF programme des « soirées japonaises » où passent, en version originale sous-titrée, un épisode de Super Jetter et un autre d’Obake no Q-tarō.
  • 1971 : Oum le dauphin, une coproduction franco-japonaise, arrive à la télévision.
  • 1972 : Le Roi Léo, adapté d’Osamu Tezuka, souvent présenté comme la première série animée japonaise diffusée chez nous.
  • 1974 : Le Prince Saphir, autre adaptation de Tezuka.

Si l’on vous demande « le premier animé japonais en France », la réponse la plus juste est donc Le Serpent blanc au cinéma, et Le Roi Léo pour une série à la télévision. Goldorak, lui, est le premier vrai phénomène.

Goldorak et Récré A2 : le vrai déclic de 1978

En juillet 1978, Antenne 2 diffuse Goldorak dans Récré A2. La série arrive presque par hasard : Jacqueline Joubert, qui dirige l’unité jeunesse de la chaîne, n’y croit pas et la place dans la grille d’été comme bouche-trou. Le succès est immédiat, la rédaction croule sous les lettres d’enfants, et le robot géant fait même la couverture de Paris Match.

La concurrence réagit vite. TF1 oppose à Goldorak La Bataille des planètes, puis Capitaine Flam, dans son émission Les Visiteurs du mercredi. Candy, Albator et Ulysse 31 suivent, et toute une génération découvre le dessin japonais sans savoir que le mot « manga » existe. Ce qui me frappe, c’est que l’animé a ouvert la porte au manga en France, alors qu’au Japon c’est l’inverse : la plupart des séries adaptent d’abord une bande dessinée.

Le Club Dorothée, l’âge d’or et la polémique

En 1987, Dorothée quitte Antenne 2 pour TF1, où le Club Dorothée occupe l’antenne jusqu’en 1997. Dragon Ball y arrive le 2 mars 1988, suivi des Chevaliers du Zodiaque, de Nicky Larson, de Ken le Survivant puis de Sailor Moon. Pour les enfants de ma génération, c’était le rendez-vous du mercredi et des vacances.

Le revers de la médaille, c’est une programmation maladroite. Des séries pensées au Japon pour des adolescents passent l’après-midi devant de jeunes enfants, parfois juste après des dessins animés pour les tout-petits. Au tournant des années 1990, une vague « anti-manga » se lève : des associations de parents protestent, des scènes sont coupées, des dialogues réécrits au doublage. Ségolène Royal s’en prend aux séries japonaises dans son livre Le ras-le-bol des bébés zappeurs. Avec le recul, je trouve que le problème tenait plus au choix des horaires qu’aux œuvres elles-mêmes.

Akira, Dragon Ball et l’arrivée des éditeurs

Le manga papier décolle enfin en 1990, quand Glénat publie Akira de Katsuhiro Ōtomo. Pour rassurer les lecteurs de bande dessinée européenne, l’éditeur propose une version colorisée, en grand format cartonné, dans le sens de lecture occidental. En 1993, Glénat lance le manga Dragon Ball, avec les planches retournées pour se lire de gauche à droite (au point que certains personnages deviennent gauchers).

Le tournant suivant vient de Tonkam, une boutique d’importation parisienne qui se lance dans l’édition en 1994. Elle est la première à publier les mangas dans le sens de lecture japonais, choix qui devient vite la norme. En 1996, AnimeLand devient le premier magazine consacré à l’animation et au manga vendu en kiosque. D’autres éditeurs suivent, et le manga quitte définitivement le rayon des curiosités. Aujourd’hui, la France est souvent présentée comme le deuxième pays consommateur de mangas au monde, derrière le Japon.

Et le premier manga au monde ?

On remonte souvent au XIIe siècle et aux Chōjū-giga, des rouleaux peints où des animaux humanisés se livrent à des scènes satiriques. Ce sont des ancêtres plutôt que des mangas au sens moderne. Le mot lui-même se répand à la fin du XVIIIe siècle, puis Hokusai, le graveur de La Grande Vague de Kanagawa, publie à partir de 1814 ses recueils d’esquisses intitulés Hokusai manga. C’est par eux que le terme arrive en Occident.

Le manga tel qu’on le lit aujourd’hui doit beaucoup à Osamu Tezuka, surnommé le père du manga moderne, avec son découpage inspiré du cinéma et ses personnages aux grands yeux. C’est d’ailleurs lui qu’on retrouve derrière Le Roi Léo et Le Prince Saphir, nos premières séries japonaises.

La chronologie en un coup d’œil

Année Événement en France
1962 Le Serpent blanc, premier dessin animé japonais en salles
1969 Premières planches de manga dans Budo Magazine Europe
1972 Le Roi Léo à la télévision
1978 Goldorak dans Récré A2, lancement du Cri qui tue
1979 Premier album : Le vent du nord est comme le hennissement d’un cheval noir
1987 Début du Club Dorothée sur TF1
1988 Dragon Ball à la télévision
1990 Akira chez Glénat
1993 Le manga Dragon Ball chez Glénat
1994 Tonkam publie dans le sens de lecture japonais

Si cette plongée vous a donné envie de prolonger le voyage côté animation, j’ai consacré un article aux personnages du Voyage de Chihiro, et un autre au personnage de Haku, le dragon de Chihiro. Pour la culture japonaise version garde-robe, il y a aussi mon billet sur la robe one piece de la mode lolita japonaise. Et toutes mes lectures et séances de cinéma sont rangées dans la rubrique livres et films du blog.

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